Année sabbatique à Paris : Euphorie, désillusions, déprime…


paris, tranche de vie / jeudi, octobre 13th, 2016
C’est étrange, mais avec l’arrivée en trombe de l’automne et l’air froid qui l’accompagne depuis quelques jours, je pense à Paris. Loin de moi l’idée de faire un cliché de Paris = FROID, c’est juste que parfois, « l’air » me rappelle des choses et pour le coup, là c’est Paris.
Pourquoi Paris? Parce que j’ai eu la chance d‘y vivre un an en 2009, l’année de mes 18 ans. A l’époque, j’avais décidé sur un coup de tête de faire ma première année de licence de japonais là bas. C’est bizarre, quand j’y repense, je n’avais aucune raison particulière de partir à Paris, mais pour une raison Y, j’avais décidé que je partirai là bas et pas ailleurs, point barre. J’en avais ras le bol de Toulouse, je voulais aller dans un endroit qui « bouge » et être là où « tout se passe ». Réflexion qui en disait déjà long sur mon état d’esprit de l’époque
BREF, le 1er septembre 2009, c’était, toute heureuse que je débarquai dans la capitale. J’avais plus ou moins envie de repartir à zéro, de redevenir une page vierge que je pourrai réécrire ou un truc du style. En tout cas, j’étais résolue à m’établir dans la capitale, et plus précisément dans le 13ème arrondissement où se situait ma fac et mon logement. 
 
Cependant j’étais encore très naïve. Je n’avais jamais vécue seule et je n’avais aucune idée de la gestion d’un logement ou de ce que vivre seule impliquait. En même temps, il fallait bien que j’apprenne un jour, donc je me disais que c’était l’occasion. Bon et surtout je me disais « chouette, je vais vivre SEULE je vais pouvoir faire TOUT ce que je veux ! ». 
Ouais, j’étais surtout très immature, la « provinciale » typique qui débarquait dans la capitale, les rêves plein les yeux. Je ne dis pas que j’ai rapidement déchanté, mais disons que j’ai rapidement descendu de 36 étages au fur et à mesure que je m’embourbais dans ce que je croyais le « rêve parisien ». 
Aujourd’hui encore je me définis comme quelqu’un de curieux et d’impulsif. Mais j’ai appris à contrôler ses aspects là de ma personnalité. Mais à l’époque, pas du tout. du tout du tout. Trop de curiosité m’habitait. J’avais envie de vivre plein de choses et de tout expérimenter. 

Enfin bref, revenons donc sur la petite eden de 18 ans dans ses premiers jours. Car finalement tout s’est enchaîné très rapidement. 

Euphories

Le jour de ma rentrée, un colporteur (haha) s’est présenté à ma porte. 

C’était un garçon plus vieux que moi et plutôt mignon. Au fur à mesure qu’il essayait de me vendre son abonnement, je le sentais flirter. Finalement, il pris mon numéro et moi le sien. Le lendemain, nous convînmes déjà d’un rendez vous. Je me disais que ça n’avait pas traîné et que c’était « cool ». Finalement, après un repas arrosé, nous sortîmes en boîte.

Et à partir de là, je me mis à enchaîner soirées sur soirées, avec des gens que je connaissais (ou non), j’allais à un cours sur 10 et pour finir je n’y allais plus du tout. A côté de ça, les seules fois où j’y allais j’étais encore sous l’emprise de l’alcool, ou alors je ne pigeais rien à ce qu’il se passait. 

Bien sûr, au début, j’étais euphorique, tout était nouveau, exaltant etc.. Je me sentais comme une « parisienne« . Pour vous dire la proportion de la chose, je m’étais même achetée le fameux parfum « parisienne ». Manière de m’affirmer d’une façon que moi seule comprenais je suppose haha. 

Bref, je m’enivrais et me complaisais dans ce délire où tout était nouveau et trépidant.

Puis, je rencontrai un homme qui monopolisa toute mon attention (A). Ce dernier m’emmena aussi à des soirées et je passai le reste de mon temps avec lui. Jusqu’à ce qu’à une soirée je rencontrai finalement une de mes plus longues relations (B). J’eus un coup de foudre pour B, même si, bien que, de nationalité chinoise, il ne pigeait rien à tout ce que je lui disais. A, évidemment me fit du boudin et de fil en aiguille, je me retrouvais à ne plus fréquenter que mon coup de foudre et ses potes. Tout ça sans jamais mettre les pieds en cours BIEN SUR. Et nous n’étions qu’en début novembre je précise. LOL. Finalement, je déclarai ma flamme à B. 

Désillusions

B répondit favorablement, à ma grande joie, et je coupais court à toutes mes autres relations, m’isolant de tous les autres pseudos « amis » que je m’étais fait en soirée. 

Et c’est là que je commençais à réaliser l’ampleur de ma connerie. Comme je m’étais forgée une « bulle » nocturne où je n’avais aucune conscience de ce qui se passait en journée, je n’avais jusque là pas eu le temps de réaliser à quel point je m’étais paumée
Le matin, je me réveillais, je n’avais nulle part ou aller. J’attendais que B. finisse son travail pour aller le rejoindre, passer l’après midi avec lui et puis je rentrais chez moi. Ensuite j’attendais encore et je le rejoignais après son service de nuit. 

Au bout de quelques semaines, complètement sobre et amoureuse, je me rendais compte que ma situation avait dégénéré. Non seulement, mes journées se résumaient à voir B, mais en plus, j’avais pris de mauvaises habitudes d’alimentation. Je grossissais à vue de nez, et ma peau en pâtissait aussi. En outre, comme je n’allais plus en soirée, j’avais tout le loisir de me considérer, de m’analyser et de constater ce que j’étais devenue. Je commençais à déprimer. « Grosse, moche, inutile... » des adjectifs que je me répétais en boucle toute la journée. 


Au bout d’un mois je pense, je décidai à me reprendre en main et revenir en cours. Malheureusement, j’étais complètement à la ramasse, sans fascicules, sans documents essentiels et quand les profs m’interrogeaient, on voyait qu’ils sentaient à quel point j’étais paumée. Honteuse, je rentrai chez moi, la mort dans l’âme. Je n’envisageais plus de continuer comme ça. Je savais que l’année suivante je pourrais me réorienter, rentrer à Toulouse, mais d’ici là, je devais me bouger.

Déprime

Je décidai donc de chercher un travail. Je me motivais à rédiger des CV, des lettres de motivations et partis en prospection à travers la capitale. Cependant, je n’avais alors aucune expérience professionnelle, et le seul job que je trouvai me laissa tomber après la période d’essai.
J’avais l’impression d’avoir touché le fond. Je ne me supportais plus, je voulais que l’année passe vite.

Quand je revenais à Toulouse pour les vacances, je me sentais comme une imposteur : « euh oui je suis en L1 de japonais oui oui… ». Et même quand je me présentais aux gens et qu’ils se demandaient ce que je faisais dans la vie, je mentais pour ne pas dire « je fais rien » et supporter des regards gênés. J’avais même honte de m’afficher devant mes amis que je revoyais à Toulouse. Je savais qu’ils me voyaient comme une tire au flanc qui ne faisait rien de ses journées. 

Bref, j’étais arrivée à un stade où je n’avais plus aucun statut dans la société. Officiellement j’étais étudiante, mais officieusement je n’apportais rien et je le sentais sur moi. En outre, je culpabilisais énormément par rapport à ma mère, ce qui n’arrangeait pas mon estime de moi. Oh et le truc déprimant aussi, c’était que j’avais le temps de regarder des programmes TV généralement regardés par les femmes au foyers. La je sentais vraiment que j’étais à côté de la plaque ^^°.

Bon, je vous sors un peu les violons là je l’avoue, mais évidemment, il n’y avait pas que des points négatifs, je ne pouvais pas constamment déprimer. En général, j’essayais le plus possible de profiter de tous les moments passés avec B, qui en général me faisait découvrir la culture chinoise et les événements qui s’y rapportaient à Paris. A part ça il y avait vraiment masses de choses à faire (Disneyland Paris <3 , musées, parc etc…), même si je me sentais mal, j’avais de quoi m’occuper pour me changer les idées. Puis franchement, passer un hiver à Toulouse et un hiver à Paris, c’est pas du TOUT le même ressenti. A Paris, y’a un je ne sais quoi magique, qui fait que malgré le froid glacial, et bien on est quand même content ! 
 

Aussi,  je voyais régulièrement une très bonne amie  avec qui je passais de bons moments. 
Mais sinon… Je me sentais VIDE.

Finalement, je me résolus à mon sort, et m’isolai dans ma relation avec B. en attendant la fin de l’année scolaire.  

Retour

A mon retour à Toulouse, je changeai radicalement d’état d’esprit. Malgré le pessimisme de ma mère, j’étais de retour chez moi, et bien décidée à reprendre ma vie en main. D’ailleurs, j’avais tellement eu de temps à tuer à Paris que je n’arrivais plus à rester en place. Dès que possible je trouvai un job d’été à la mairie et m’inscris illico en  licence de LEA (Je sortais encore avec B à ce moment là, malgré la distance, et c’était pour lui que je pris l’option chinois). 

Alors voilà, pourquoi devrais-je être nostalgique de cette période là? En lisant ça je suis sûre que vous vous êtes dit ; « Elle ne doit pas aimer y repenser, ça doit lui rappeler des mauvais souvenirs ! »
Et bien, bizarrement pas du tout. 
Cette année m’a permis de mûrir à une rapidité extraordinaire. J’ai appris de la façon la plus brutale qui soit certaines réalités dont je n’avais pas du tout conscience. Puis, mine de rien, j’ai adoré vivre à Paris. 
Je ne l’ai jamais envisagé comme une année « perdue », mais comme une année qui m’a permis d’évoluer dans un sens qui me manquait CRUELLEMENT.  En plus, à mon retour j’avais tellement envie de réussir et de prouver que je n’étais pas une chose inutile que je me suis jetée corps et âme dans les études (bon sauf la comptabilité, ça vous oubliez XD). 
J’ai réalisé ce que c’était de se sentir « en marge » de la société et du poids qu’elle nous faisait ressentir... Ce qui m’a permis de me sentir bizarrement ravie le matin en allant en cours en prenant le métro avec d’autres gens qui allaient travailler… 
 

Enfin… Tout ça pour dire que Paris aura toujours une place spéciale dans mon cœur. J’y suis d’ailleurs retournée plusieurs fois ensuite, notamment dans le cadre de ma relation avec B. et j’ai adoré retrouver tous les lieux que je voyais quotidiennement auparavant… L’avenue République, Belleville, châtelet les halles, Olympiades, Pigalle, Le champs de mars, Rambuteau, Bercy, MK2 bibliothèque, Les buttes Chaumont, gare de Lyon etc etc etc… Mes souvenirs valent ce qu’ils valent, certains sont plus douloureux que d’autres, mais finalement, je suis dans la philosophie de « TOMBER POUR MIEUX SE RELEVER ».

Voilà, je sais que cet article diffère du genre que j’écris d’habitude, mais je n’ai pas envie de me cantonner à une « thématique » particulière. J’adore écrire, dès que quelque chose me passe par la tête, j’ai envie de l’écrire !  J’ajouterai une section « Tranche de vie » en l’attente d’un meilleur titre de catégorie pour regrouper tous ces genres d’articles.
 
Si vous êtes arrivés jusque là, j’aimerais savoir si vous aussi vous avez vécu une année « sabbatique » ou une année « en dehors » du moule de la société et comment vous l’avez appréhendé? L’avez vous regretté? Au contraire en avez vous profité? 
 
 
 

2 réponses à « Année sabbatique à Paris : Euphorie, désillusions, déprime… »

  1. Olala, je viens de découvrir ton blog avec HC, et j'aime déjà beaucoup ta façon de penser ^^.

    Je comprends ce que tu veux dire. J'ai fini mes études, mais j'ai un soucis de santé depuis avril (normalement, ca devrait aller fin de ce mois ci !!! :D). Mais je ne fais…rien. Je ne peux pas travailler, ni faire du sport, mon corps m'a lâché.
    Et déjà que je suis anxieuse de base, ben dans ces moments-là, comme tu dis… Tu te demandes ce que tu fous. J'attends, j'attends. Que ça aille mieux. Et puis ? Je fais quoi ? Je vais ou ? Trop de questions.
    Bref, pas toujours facile de s'y retrouver dans ce grand monde ^^. L'age adulte n'est pas comme je l'attendais ahah !

    Bises !

  2. Déjà merci beaucoup pour ton commentaire et toutes mes excuses pour le temps de réponse, blogger a décidé de ne plus m'affichait les nouveaux commentaires à modérer alors je croyais être sans commentaire depuis des mois T_T ! Enfin bref, ça me fait plaisir d'avoir un témoignage un peu semblable au mien car ce n'est pas un sujet facile à aborder pour moi en général, c'est souvent une année de ma vie que je préfère zapper dans les conversations. A mon avis c'est un ressenti qu'il faut vivre pour le comprendre car souvent beaucoup de personnes ont tendance à balayer d'un coup de main ce que l'on essaie de faire comprendre avant de nous catégoriser aussi sec. Bon, dans ton cas, ce n'est pas de ta faute, c'était (ou c'est ?) un soucis de santé, tu n'avais rien à te reprocher, même si le sentiment de "paumitude" devait être fort aussi.
    Bises 🙂

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