Expat' au japon

Professeure de français au Japon : mon expérience et conseils !

Le 15 septembre j’ai définitivement quitté mon poste de professeure de français que j’occupais depuis un peu plus d’un an à Tokyo. C’est le premier emploi que j’avais trouvé au Japon, et qui m’avait permis d’obtenir un visa de travail. 

j’ai décidé moi même de mettre un terme à mon contrat afin d’essayer d’intégrer une entreprise japonaise et améliorer ma maîtrise de la langue.

Je sais qu’il y a énormément de français qui souhaite venir au Japon en tant que professeur de français, donc je me suis dit que ça serait peut-être utile de faire part de mon expérience dans cet article 🙂 

Comment devenir professeur de français au Japon ?

Il y a plusieurs façons de devenir professeur au Japon. Avec ou sans formation particulière, tout dépend de votre motivation ou de votre objectif professionnel au long terme.

  • Soit vous optez pour l’option freelance, c’est-à-dire que vous vous mettez à votre compte en décidant de votre emploi du temps et de vos cours. 
  • Soit vous optez pour l’option professeur en école de langues privée
  • Soit vous enseignez dans l’enseignement supérieur ou écoles publiques.

Selon le choix vers lequel vous vous dirigerez, les avantages et les perspectives professionnelle varient. Cela dépend bien sûr de votre situation, vos aspirations quant au Japon, et à d’autres facteurs professionnel. 

CAS 1 : recherche un poste de professeur de français dans une école de langues à temps plein. Souhaite un visa travail. 

Dans ce cas là, il faut impérativement trouver une école de langues qui vous sponsorise un visa. C’est la condition indispensable à l’embauche sur laquelle vous devez vous mettre d’accord. Sans visa de travail, pas d’autorisation de rester au Japon. Pas d’autorisation, pas de Japon. Pas de Japon…

Pas de Japon. Désolé, je me suis laisser emporter. BREF

Vous pouvez bien sûr, trouver des cours privés en plus de votre job dans l’école, mais être indépendant  ne vous permettra pas de sponsoriser un visa de travail, donc il vaut mieux oublier cette option et vous concentrer sur la recherche d’emploi. 

Devenir professeur dans une école privée du Japon est une très bonne façon de débuter son expérience (ou de la continuer) dans l’enseignement du FLE car pour peu que vous prouviez votre motivation, vous pourrez certainement vous former sur le tas sans formation antérieure. Personnellement, j’ai trouvé mon annonce sur craiglist, un site regroupant de nombreuses offres d’emploi (la plupart très douteuses, je vous préviens, ce qui ne me donne pas envie de vous recommander ce site…( ̄□ ̄)), mais de nombreux autres sites existent comme :

Indeed japan

gaijin pot

career cross

jobs in japan

Sinon je vous conseille aussi de prospecter les écoles de français, qui recrutent pas mal. comme par exemple 

-Espace Langue Tokyo

Le site du Centre Culturel Franco japonais regroupe aussi quelques offres d’emploi 

https://www.ccfj.com/profile/recruit_francais.htm

Je vous conseille de bien discuter des conditions d’embauche avec votre employeur et de vous renseigner sur le type de contrat pour lequel vous vous engager. 

-CAS 2 : Visa vacances travail, souhaite être professeur freelance pour payer ses voyages.

On peut dire que c’est le cas le plus relax, car vous n’avez pas de pression sur la durée de votre visa. Trouver des cours privés nécessite de prospecter soi même ses élèves ou plus simplement de s’inscrire sur des sites prévus à cet effet qui mettent en relation des élèves et des professeurs particuliers.

Quand j’avais essayé cette option pour me faire un peu de sous pendant mon année d’échange à Waseda, je m’étais inscrite sur les sites suivants :

-Hello sensei

-Enjoy lesson

Ce site m’a mis en contact avec beaucoup d’élèves potentiels, donc je vous le recommande. Attention toutefois à l’organisation de vos faire car les trajets et la boisson si vous faites cours dans un café peuvent drastiquement faire baisser votre salaire de l’heure. Autant trouver des élèves proches ou alors de leur faire payer tous les frais non inclus dans la leçon. A vous de voir.  Pour optimiser au mieux cette activité de freelance, je vous conseille le guide d’un gaijin au Japon, qui permet d’avoir une perspective d’une année sur cette activité :

https://www.gaijinjapan.org/professeur-de-francais-au-japon-2/

ettttt j »ai gardé le meilleur pour la fin : l’application -Flamingo 

J’ai découvert cette application par l’intermédiaire d’une française qui se faisait énormément d’argent sur ses leçons d’essai. Flamingo a un peu des airs d’application de rencontres, ce qui incite certains japonais / autres nationalités désireux de rencontrer des étrangers à « payer » le prix fort une leçon d’essai pour avoir l’occasion d’une rencontre. C’est pour cela que cette française facturait plus cher la leçon d’essai (5000 yen ! ) que les leçons de bases.

Un ami français a également beaucoup utilisé cette application pour ses cours et a réussi à se faire un peu de sous.

Les avantages d’être freelance permet de pouvoir choisir librement ses horaires, ses élèves et de pouvoir s’accorder des vacances comme bon nous semble. Au niveau des inconvénients, je citerais le travail en amont des cours, non payés, qui peut prendre un temps fou par élèves (si on a un minimum de conscience professionnelle), et le fait que l’on ne peut pas vraiment compter sur les revenus, qui peuvent drastiquement varier d’un mois sur l’autre selon les élèves et le reste.  

Je pense que c’est un bon moyen de se faire un peu de sou en étant étudiant en échange ou en visa vacances travail. 

CAS 3 : travailler dans une école ou université japonaise. 

Je ne sais pas du tout comment fonctionne le recrutement de la fonction publique au Japon donc je ne serai pas d’une grande aide. Pour ce qui concerne les écoles privées et les universités, ça se joue soit par relation (j’avais eu l’occasion de postuler à une université par le biais d’une connaissance) ou alors vous pouvez passer par certains programmes comme JET 

http://jetprogramme.org/en/eligibility/

Ou alors bien sur consulter les offres d’emplois sur les sites japonais, comme ceux proposés un peu plus haut. 

Mon expérience

De l'entretien à l'embauche

Quand j’étais étudiante à l’université de Toulouse en section de japonais, j’avais pris une option FLE (français langue étrangère),  dans l’optique d’éventuellement pouvoir faire valoir l’option si jamais je devais chercher un travail comme professeur de français au Japon et… Je suis contente de l’avoir faite ! (et de mettre farcie des chevauchements de cours bien foireux HUM HUM )

C’est suite à une annonce craiglist « cherche professeure de français, urgent ! » que j’ai trouvé mon poste.  Après avoir envoyé CV et lettre de motivation par mail, j’ai passé le jour même (trois heures plus tard pour être précise !) un entretien d’embauche avec le directeur de l’école. Apparemment ma fameuse option FLE avait joué en ma faveur car j’ai été mise immédiatement dans le bain avec des observations de cours jusqu’à la prise de poste une semaine plus tard…

….N’ayant toutefois pas eu le temps de potasser la grammaire française et ce qui va avec. Parce que oui, on va pas se le cacher, même étant natif, les cours de grammaire daaaaaaaaaaaaaaaatent pour peu qu’on ait pas eu des cours de grammaire après le collège. 

Réapprendre la langue française...(>﹏<)

Bref, je vous avoue que j’ai pas mal pataugé pour l’établissement de mes premiers cours car il fallait déjà que je revois toute les règles de conjugaison et de grammaire en général.

Etant prof, on ne peut pas se permettre de répondre un « euh parce que c’est comme ça ! » quand on vous pose une question précise. Franchement au début je suis pas passée à côté de bévues dues à des mauvaises habitudes de langage. Par exemple; je me souviens très bien de cette fois où j’expliquais à mon élève :

Moi : Je vais au travail en voiture / en train / en avion etc… 

Elève : « Je vais au travail à vélo ? »

Moi : »Oui mais on peut dire EN aussi »

Elève : »Je vais au travail en moto ? »

Moi : »Au pire dites vous que EN ça marche pour tout et voilà »

Elève : »J’y vais en cheval ? »

Moi : »Ah non tiens… Bon, je vérifierai pour la prochaine fois hein ! (^^;) ». 

Au début on a pas mal de moment de solitude comme ça, et bien que, sur le moment on se retrouve un peu penaud, ça permet de pouvoir répondre correctement la prochaine fois et d’en tirer une énorme satisfaction. 

Le fait de réfléchir sur le français et de découvrir des règles que je ne connaissais même pas m’a fait réaliser la difficulté de la langue française. Honnêtement je suis contente d’être née française pour ne pas avoir à apprendre ma langue. C’est une vrai galère entre les genres, la conjugaison, l’utilisation des temps et surtout les articles. L’angoisse franchement. 

J’ai été particulièrement traumatisée par une leçon qui m’a pris le chou pendant plusieurs semaines : l’utilisation du futur. C’est HORRIBLE: les explications sont innombrables et les expliquer à un étudiant c’est la croix et la bannière!

Il y a aussi les articles qui font vite fuire les nouveaux débutants et qui pensent que si ils les omettent ça passera inaperçu… grave erreur ! Je passais mon temps à leur dire :

« si vous vous trompez de genre, c’est pas grave du tout, par contre, si vous ne METTEZ PAS d’article, là ça fait mauvais français ». J’aime la vin / J’aime vin « 

En tout cas, c’est sûrement à cause de la complexité de la grammaire des langues latines que je n’ai jamais réussi à aller plus loin dans l’apprentissage d’une autre langue qu’asiatique ఠ_ఠ

Les élèves... (・ω・)b 

Quand j’ai commencé mes cours, je n’avais que quelques élèves en privé trois fois par semaine. Et puis après ma remise de diplôme j’ai pu commencé à avoir plus d’élèves. J’ai dû en quelques sortes constituer moi même ma base d’élèves vu que les inscriptions dépendaient des leçons d’essai que je réussissais. Au bout de quelques semaines j’avais suffisamment d’élèves pour avoir un salaire convenable à la fin du mois.

Je pense que mes élèves sont ce qui me restera de plus marquant dans mon travail, tant j’ai eu à faire à des personnalités différentes et attachantes. Je pense notamment aux débutants que j’ai vu évoluer de zéro et dont les évolutions sont le fruit de mon propre enseignement. C’est une des plus grandes satisfaction en tant que Professeur je pense. J’avoue que j’étais ému pour tous les derniers cours, surtout que la plupart des élèves m’avaient préparé des petits cadeaux de départ… 

Je me permets de vous partager quelques anecdotes (ノ^o^)ノ  :

-ce cours de débutant sur les nationalités où l’on utilisait des photos de célébrités que je ne pouvais plus me voir en peinture tellement que je les avais faite (゚ー゚;

_Ce moment très subtil où l’on travaille j’aime les chats avec les étudiants et que 90 pourcents du temps ça dérape sur un : « J’aime les chattes  » à cause du « t » muet.  L’un de mes étudiants m’avait même répondu : »ah non mais même, j’aime les chattes aussi ». 

-Ce moment où tu étudies le vocabulaire de la boulangerie et que tu fais apprendre « chocolatine » au lieu de pain au chocolat huhu ٩(●ᴗ●)۶

-La leçon du 14 juillet où tu fais chanter la marseillaise à ton étudiant ≧ω≦

-Quand tu fais le quoi de neuf au début de chaque cours et que des fois t’as des petites perles du genre « j’aime pas mon travail car les filles qui travaillent avec moi sont moches » (⊙_☉)

-Quand tu passes en mode confessions intimes sur certains sujets (´v`)

-Quand tu étires une leçon en lançant des questions random car tu veux pas finir les cinq dernières minutes à combler avec le début de la prochaine leçon

-Les leçons d’essai où l’élève demande des leçons de « conversation » et que tu passes les trentes minutes du premiers cours dans un silence gênant car l’élève ne sait pas de quoi il veut parler. L’angoisse. ( ̄□ ̄)

-Quand tu ne veux pas faire un cours de grammaire et que tu te rends compte que ça tombe bien car c’est un jour férié en France et que c’est l’occasion de faire un cours de culture ! (¬‿¬)

-Quand tu rends mal à l’aise tes élèves en demandant ce qu’ils ont fait à la saint Valentin.  

ETC.

Les conditions de travail...

Dans mon école, le salaire était rémunéré à l’heure plus les frais de transport. La retraite/la sécurité sociale n’était pas comprise, donc à ma charge. Les cours étaient le plupart du temps étalés le matin à partir de 10H30 jusqu’à 20h40 le soir. A la base, les derniers cours étaient jusqu’à 21H50, mais ça faisait lourd pour l’enseignant sur une journée qui commence à 10h30 donc la tranche horaire a finalement été abandonnée. En revanche, j’avais le dimanche et le lundi de libre systématiquement ce qui me faisait un bon weekend de repos chaque semaine. L’école fermait aussi pour les vacances nationales, détails non négligeable sachant qu’au Japon il n’y a qu’en général dix jours de congés payés par an !

En résumé !

Les rencontres humaines

Plaisir d’enseigner la langue française et de partager sa culture

Salaire horaire élevé 

Environnement de travail agréable

Les heures étalées du matin au soir

Les absences des étudiants la veille ou le jour même

Le temps de préparation des cours non rémunéré = beaucoup de travail personnel (surtout les cours avec des enfants )

Difficulté de s’absenter

Témoignage d'une expat prof de français au Japon

Une de mes anciennes collègues a accepté de témoigner de sa propre expérience, alors je vous laisse avec son interview ci dessous (´∀`)

Peux-tu te présenter en quelques mots (nickname, âge, parcours scolaire, travail actuel) ?

Je n’ai pas de nickname !! et je préfère garder l’anonymat 😉

J’ai 31 ans, a fait des études de psychologie dans le sud-est (jusqu’au master), puis ai étudié la langue japonaise au Japon pendant 1 an et demie.

J’ai également suivi une fomation DAEFLE pour enseigner le français à l’étranger. Je travaille comme professeur de français.

Pourquoi es-tu venue t’expatrier au Japon ? Pourquoi as-tu choisi professeur de français ?

J’ai suivi quelqu’un. Je n’ai pas d’intérêt particulier pour la culture japonaise, bien sûr je regardais des animes mais jamais je n’avais pensé venir m’installer ici. Professeur de français me semblait l’option la plus simple, surtout au départ quand je ne parlais pas japonais.

Comment es-tu devenue professeur de français ? (quelle formation as-tu suivi (si tu en as suivi) ? quelles recherches as-tu faites pour trouver les jobs ? Comment se sont passés les entretiens ?)

J’ai d’abord travailler en  »indépendant » puis des amis me parlaient de telle ou telle école, je postulais et ça c’est toujours bien passé, dans ce domaine je n’ai jamais eu de problème à trouver un travail.

Peux-tu nous raconter « une journée type » en tant que prof de français (actuellement ou/et anciens jobs) ?

J’arrive généralement bien à l’avance pour préparer mes leçons, cela dépend des jours mais je peux avoir entre 2h et 6h de cours par jour qui se répartissent entre 0920 et 2040 sur le papier mais pour l’instant mes horaires sont concentrés entre 1030 et 1930, je n’ai pas trop de temps perdu. J’ai 2 pauses prévues dans la journée, celle du midi et une en fin d’après-midi.

Qu’est-ce que tu aimes dans le métier d’enseignant au Japon ?

Rencontrer mes élèves et créer du lien avec eux.

Qu’est-ce que tu aimes moins ?

La répétition des leçons. Ne pas pouvoir s’absenter du travail comme un vrai shain.

L’ambiance au travail te convient-elle?

Ça dépend. J’aime mes collègues de travail mais la hiérarchie peut créer des situations malaisantes et une ambiance un peu lourde.

Quels obstacles se sont présentés/se présentent à toi lors du travail ?

Pas trop d’obstacles puisque j’ai appris le japonais, je pense que si je ne l’avais pas fait cela aurait été plus difficile.

Quels sont les horaires ? Tu réussis à avoir une vie sociale à côté ?

Les horaires ci-dessus. On pourrait penser qu’à côté je peux avoir une vie sociale épanouie avec ces horaires mais c’est très difficile. Tokyo est une ville très fatigante + le travail + les rushs du matin et du soir et on est très vite fatigué. De plus il est difficile d’avoir des emplois du temps coïncidant avec ses amis, il suffit d’habiter un peu loin et on laisse vite tomber… enfin c’est mon avis.

Peux-tu nous parler des conditions de travail en tant que professeur de français (combien es-tu payé mensuellement/à l’heure ? Quels avantages salariaux ? transport ? congés payés ? Visa ?)

Dans mon ancienne école j’avais un « cdi » donc j’étais couverte, heures supp payées, transports payés dans leur totalité, je cotisais… et c’est tout. Pas de RTT et vacances imposées.

Aujourd’hui je ne suis plus en « cdi »  je n’ai toujours pas de RTT et toujours des vacances imposées (+ 10 jours dans le contrat mais dans la réalité c’est difficile à prendre sans se prendre des sarcasmes), je ne suis pas couverte par mon entreprise et je ne cotise pas à travers elle. Mes transports ne sont pas totalement remboursés.

Veux-tu continuer ta carrière dans l’enseignement au Japon ?

Question difficile parce que je pense que cela dépend de l’environnement dans lequel on travaille. Pour l’instant je ne me pose pas trop la question.

Quels conseils pourrais-tu donner aux  étudiants en France aspirant à devenir prof de français au Japon ?

Être professeur au Japon ça veut aussi dire dans certaines écoles de faire des heures supplémentaires sans être payé, de travailler après 2000 car c’est à ce moment-là que les gens ne travaillent pas, de s’habituer à l’environnement et aux méthodes de travail et ce n’est pas toujours facile. Une école reste une entreprise.

J’espère que cet article vous aura permis de trouver des réponses à vos questions, et vous en aura appris un peu plus sur l’activité de professeur de français au Japon. N’hésitez pas à me laisser vos questions dans les commentaires, j’y répondrai avec plaisir ! 

Sur ce je vous souhaite à tous un excellent réveillon du nouvel an, et j’espère vous retrouvez vite en 2020 !!!

"Passez un bon réveillon !"
Eden

Expatriée au Japon (Tôkyô) depuis septembre 2017, passionnée par la culture japonaise, les séries TV, les jeux vidéos, la lecture et les animaux :3

http://www.edenhaini.com

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